La logique de l’escargot

Correspondance itinérante à travers la France et l’Europe alliant l’écriture, l’image et le son

20 arrondissements – 20 villes – 20 correspondants

Paris et ses 20 arrondissements

Paris est la ville où je vis. C’est en quelque sorte ma ville d’adoption. La forme de la ville où je vis m’intéresse. Je suis et je vis à l’intérieur de cette forme-là.

L’organisation de cette ville en 20 arrondissements évoque une spirale, ou encore une coquille d’escargot. J’aime la forme de la spirale. Elle est inspirante et aspirante. Elle est universelle. J’aime aussi l’escargot, animal lent et discret, nomade et casanier qui se montre autant qu’il se cache et se déplace constamment sans jamais quitter sa maison. J’aime ce paradoxe. J’aime les maisons en ce qu’elles constituent des repères. J’aime aussi le nomadisme que j’ai vécu comme comédienne et qui est à nouveau présent dans ce parcours comme une forme d’errance physique et mentale.

Vingt villes

Ce projet consiste dans un premier temps en un parcours dans Paris, de son centre jusqu’à sa périphérie, puis dans le même mouvement, cette spirale initiale est poursuivie au-delà, dessinant un itinéraire en France et à l’étranger dont Paris reste le centre. Ce parcours compte 20 destinations : Reims, Le Havre, Lille, Autun, Nantes, Stratford-upon-Avon, Amsterdam, Montreux, Bergerac, Ouessant, Göttingen, Biella, Albi, Liverpool, Lourdes, Cork, Berlin, Prague, Venise, St Florent.

Il s’agit pour moi, partant du centre de cette spirale parisienne, de cheminer vers la périphérie et de tenter de découvrir, tout en éprouvant la question de la lenteur, comment la périphérie me ramène au centre et me renvoie à nouveau vers l’extérieur dans un mouvement perpétuel. Autrement dit, comment je sors de moi, de mon centre, de mon intérieur, pour aller vers l’extérieur, vers l’Autre. Et comment ce parcours d’altérité me ramène inévitablement à moi. Il s’agit aussi de chercher des traces et de laisser des traces, visibles ou non, sonores, écrites, et de tenter de découvrir comment la forme d’une ville peut s’inscrire profondément dans un parcours humain, a fortiori lorsqu’elle est organisée dans une forme aussi archaïque que la spirale qui fait immanquablement penser au nombre d’or.

Vingt correspondants

Ce parcours associe vingt personnes avec lesquelles j’entretiens une relation particulière et qui se sont engagées à répondre à mes lettres. Écrivains, plasticiens, poètes, musiciens, comédiens, commissaires d’exposition, ou encore amis investis ou sensibles à l’expression artistique, ils sont invités à poursuivre une correspondance inventive, à nouer un dialogue créatif. Le parcours comprenant quarante étapes, ils reçoivent deux lettre. La première leur est envoyée d’un arrondissement de Paris, la deuxième d’une ville située sur le parcours.

Un protocole artistique

Le déroulement de cette correspondance itinérante est placé entre ces deux pôles que sont la règle et l’aléa. La règle constitue le cadre qui va permettre à l’aléa de prendre toute sa mesure. Plus la règle est définie clairement, plus l’espace de l’inconnu peut s’y développer. J’ai donc établi un protocole que je respecte scrupuleusement et qui consiste en un certain nombre d’actes à poser, d’outils à emporter. Je sais d’où je pars, où je vais, le lieu où je dois dormir, ce que j’emporte et à qui je dois écrire. Mais je ne sais jamais, par définition, ce que je vais trouver. Mes voyages se déroulent selon la distance à parcourir, entre 4 et 5 jours. Ma lettre-objet doit être postée du lieu dans lequel je me rends et toujours d’un bureau de poste. Je ne peux donc quitter les lieux que lorsque ma lettre est partie. Sachant que le maximum de mon séjour est de cinq jours, cette contrainte m’impose un certain rythme. Ce rythme induit une dynamique dans l’écriture et la fabrication, et en même temps m’amène à laisser advenir les événements, les rencontres qui vont nourrir mon imaginaire sans lequel la lettre ne sera pas. À être en creux. Ainsi va se développer le processus de création. Les choses, les trouvailles ou leur absence vont peu à peu s’associer les unes aux autres à la manière des cadavres exquis. La règle impose un état de tension que je dois tenir entre le vouloir faire et le laisser faire. C’est parfois une navigation périlleuse qui peut générer une certaine anxiété que je dois savoir canaliser pour avancer et m’abandonner à la jouissance de la découverte.

Des carnets de voyage polymorphes

Mes lettres, de simples missives, se sont transformées au fil des étapes de véritables lettres-objets dont la poésie plastique complète celle des mots. La couture, le dessin, les jeux graphiques, ou des installations miniatures racontent mes recherches, mes doutes, mes rencontres. Je collecte lors de chaque voyage des photographies et des enregistrements. Matière visuelle et sonore parfois utilisée dans l’immédiat pour les besoins d’une lettre, elle est également revisitée dans un second temps. Quarante paysages sonores, correspondant aux étapes, sont notamment composés à partir de ces enregistrements.

La restitution du parcours en deux temps

Comment sortir, ou la logique de l’escargot est un projet au long cours. Conçu autour de l’échange, de la rencontre, il trouve logiquement sa finalité dans son rendu public, qui passe par la lecture des lettres et de leurs réponses, la publication des images et l’écoute des paysages sonores.

La logique de l’escargot a été restituée dans un livre publié par les éditions Jannink, paru en septembre 2011.
Le livre reproduit l’intégralité des lettres d’Anne Calas et de ses correspondants, et est accompagné d’un CD sur lequel on retrouve les collaborations artistiques occasionnées par le projet (paysages sonores et vidéos). La publication du projet est soutenue par la Direction du Courrier de La Poste.
Dans la continuité de ce soutien, une exposition à l’Adresse / Musée de La Poste reviendra sur le parcours de La logique de l’escargot, de février à mai 2013.

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